lundi 26 août 2013

Arabidopsis branche l'électricité

Pour CAPES et Agrégation
Thèmes : communication intercellulaire, défense contre agents pathogènes





Un article paru dans Nature du 22 août 2013 renforce l'idée que la communication électrique n'est pas une exclusivité animale mais que les végétaux y ont aussi recours (on connaissait déja le contrôle du mouvement des feuilles de la sensitive (Mimosa pudica), ou du piège de la Dionée Tue-Mouche (Dionaea muscipula) par exemple).

Les chercheurs ont déposé des larves d'un insecte parasite de Arabidopsis thaliana sur une de ses feuilles et ont mesuré les potentiels électriques dans divers emplacements des feuilles. Rien ne se passe tant que les larves ne font que se déplacer sur la feuille mais dès qu'elles commencent à se nourrir des signaux électriques sont enregistrés autour du site de l'attaque puis se transmettent aux feuilles voisines à la vitesse de 9 centimètres par minute (à comparer avec les 10 mètres par seconde, soit 60.000 centimètres par minute des neurones de Vertébrés...). Les sites qui reçoivent les impulsions électriques se mettent à produire du jasmonate, une hormone (voire une phéromone pour ses dérivés volatils) impliquée dans l'activation des défenses végétales contre les agents pathogènes.

L'activation du signal électrique n'est pas causé par la salive de la larve mais peut être reproduit par des blessures d'origine mécanique sur la feuille en absence de larves. Moléculairement, en utilisant des mutants, les chercheurs montrent que l'activation du signal électrique nécessite l'expression de canaux ioniques calciques ressemblant aux récepteurs au glutamate (le glutamate étant par ailleurs un neurotransmetteur bien connu chez les animaux; tout ceci bien sûr pose la question de savoir si il s'agit d'une convergence évolutive ou pas).

En résumé, la communication intercellulaire via des signaux électriques est sans doute une caractéristique générale des organismes pluricellulaires, même si la propagation de ces signaux est beaucoup plus lente (près de 7.000 fois plus lente) chez les végétaux que chez les animaux.


Vous pouvez voir la vidéo d'un enregistrement des potentiels électriques:
http://www.nature.com/nature/journal/v500/n7463/fig_tab/nature12478_SV1.html

Article original : Moussavi et al., Nature 500, 422-426 (2013)

jeudi 15 août 2013

"Découverte" d'une nouvelle espèce de Mammifère Carnivore : l'olinguito

Plutôt pour Agreg
Thèmes : biodiversité, espèce, Mammifère




Les chercheurs continuent de découvrir régulièrement de nouvelles espèces de Vertébrés, et notamment de Mammifères (10 en 2008; 31 en 2007; 40 en 2006, les nouvelles recrues étant souvent des Primates (de Madagascar dans la grande majorité des cas) et des chauve-souris). 
Il peut s'agir de découverte "pure" ou alors de la caractérisation d'une espèce qui, jusqu'alors, était confondue avec une autre. C'est dans cette deuxième catégorie que se range la caractérisation de l'olinguito, adorable Carnivore de 75 cm de long de la même famille que le raton-laveur (à quand la peluche ?). D'activité nocturne, il vit dans les forêts d'Equateur et de Colombie, se nourrit d'Insectes mais aussi de fruits et de nectar.
Cette espèce avait été précédemment confondue avec l'olinguo. Un chercheur du Smithsonian National Museum of Natural History de Washington avait remarqué dans les collections de squelettes et d'animaux empaillés de divers museums que des specimens marqués olinguo avaient un crâne et des oreilles plus petits et une dentition et une coloration de pelage légèrement différentes. Par ailleurs un animal sensé être une femelle olinguo avait été élevée au zoo de Washington dans les années 1970 et n'avait pas réussi à avoir de descendance malgré de multiples tentatives d'accouplements avec des olinguos mâles. La séquence ADN de cette femelle ainsi que de l'ADN provenant d'animaux actuellement vivants en Equateur ont permis de caractériser génétiquement l'espèce, après comparaison avec des séquences d'olinguos et d'autres membres de la famille des raton-laveurs. On comprend rétrospectivement pourquoi la femelle du zoo de Washington n'a jamais eu de descendance (a fortiori de descendance fertile) avec les mâles olinguos, ils appartenaient en fait à deux espèces différentes ! (on retrouve bien la définition de l'espèce).
Cette histoire nous montre notamment l'intérêt des collections de squelettes et d'animaux empaillés dans les muséums, où de nombreuses espèces encore non identifiées se cachent sans doute encore...

Voir :
http://www.nature.com/news/cute-mammal-is-first-carnivore-discovered-in-western-hemisphere-for-35-years-1.13565

Article original :
Helgen, K. M. et al. ZooKeys 324, 183 (2013).